Patrice aimait beaucoup cette anecdote.
Un jour où nous avions cours ensemble, il a vu que je n’étais pas bien. Il m’a alors demandé ce que j’avais ; je lui ai répondu que je n’avais pas dormi. Alors il m’a dit de croiser les bras et de dormir. Et cette heure-là, je l’ai passée à dormir !
À cette époque, nous avions beaucoup de conversations existentielles sur les choix, sur la vie…
J’ai toujours pensé qu’il serait là.
Là pour me voir évoluer dans cette existence.
Là pour m’aider à me comprendre.
Que j’irais chez lui, la veille de mon mariage, en pleine crise existentielle, en mode : « aaaaah, j’ai peur, j’ai peur… est-ce que je fais le bon choix ? »
Car il me connaissait parfaitement bien.
Personne n’est préparé à cette étape, à cette épreuve, à cette terrible et douloureuse épreuve de la vie, qui est bien plus qu’une douleur et qui envahit un monde : le monde de Nathalie, de Marion, de Pauline et de Jules, à qui vont toutes mes pensées aujourd’hui.
Un jour, au lycée, j’ai écrit ceci. Il l’avait lu, et je pense que c’est un bel hommage.
Je ne pensais pas qu’une vie pouvait être aussi rapide et irrémédiable.
Pourtant, ce dont j’ai été victime changera totalement ma philosophie de vie à jamais, ainsi que celle de mes proches.
Une goutte d’eau tombe par terre à côté de moi, aussi dure qu’une plume mais aussi douce qu’un cactus.
Au début, c’était des gouttes par-ci et par-là. Mais après, ça a commencé à pleuvoir de plus en plus, et je ne sentais rien.
Je voyais juste les gouttes défiler. J’entendais les clapotis sur les flaques qui se formaient au fur et à mesure, quand ces gouttes faisaient des bulles, puis que ces bulles éclataient pour laisser place à encore plus d’eau dans ces flaques.
Ces flaques que je voyais sur le côté, elles étaient si belles, si libres, si imposantes, comme une lueur d’espoir.
Cette lueur, je la voyais, mais sans pouvoir l’atteindre. C’était comme la lune : on la voit, mais on ne l’atteint pas. Je voyais cette lueur qui brillait de milliards d’étoiles, mais je ne savais pas comment la toucher. La lueur disparaissait puis réapparaissait, pour enfin disparaître. Et c’était comme ça, chaque seconde, de chaque minute, de chaque heure, sans que je puisse changer cela.
Je n’ai ni joie ni peine. Je n’ai ni peur ni audace. Je n’ai ni faim ni soif. Je n’ai ni froid ni chaud. Je ne suis ni malheureuse ni heureuse. Je suis bien. Je suis seule.
Je ne sais plus où je suis. Je ne sais plus qui je suis.
Je ne peux pas crier, car ma voix est coupée.
Je vais pleurer. J’essaie, mais mes larmes sont bloquées, elles ne coulent pas.
Je ne sais pas quoi faire.
Alors j’attends. J’attends.
Que le temps paraît long.
Je ne sais pas quand je partirai.
Je n’ai pas envie de quitter ma vie.
C’était un mari, un père, un ami, un mentor, un combattant.
Toujours à l’écoute, toujours humain, toujours lui.